Un dimanche de février, dans un élan de désespoir et de colère, je décidai d'aller me suicider du haut d'un pont. J'allais mal depuis plusieurs mois. Depuis que mon mec m'avais quittée parce qu'il avait découvert que je le trompais depuis le début, sexuellement uniquement mais tout de même. J'avais toujours été moyennement discrète, n'effaçant pas les sms compromettants, caressant la main d'un de mes amants sous la table devant "l'élu de mon c½ur"... Il me posait souvent des questions, voulant croire à mes mensonges pour se rassurer. J'inventais des choses improbables que je défendais farouchement, que je voulais croire moi-même.
Je souffrais beaucoup moins d'avoir perdu mon mec dont je me sentais tout de même amoureuse que de m'être rendu conte de mon manque de bon sens. Je me sentais profondément vide, fragile. Je m'étais brutalement aperçu que j'avais passé une énorme partie de ma vie à mentir, et le reste à mentir encore pour confirmer mes mensonges. Mon ex me disait, sans colère mais avec dégout, que j'étais mythomane et nymphomane. Il était vrai que je mentais depuis toujours. Même dans ma plus tendre enfance, je décrivais au gens une vie que je disais mienne. J'imagine que des milliers d'enfants font cela, mais il s'avère que, pour ma part, ce fut vraiment quelque chose d'impressionnant. Je me souviens d'un jour où ma mère et moi nous promenions en ville. Nous avons été abordées par une personne qui vendait des bonbons au profits des animaux en voie de disparition. La personne m'avait demandé si j'avais des animaux familier. J'ai inventé instantanément un nombre de chat et de chien qui n'est plus dans ma mémoire aujourd'hui. Puis nous sommes parties et ma mère m'a dit gentiment "tu as oublié de dire que tu avais deux tortues". Ces deux tortues de terre étaient les seuls animaux que je possédais réellement, ma mère me les avait offertes car c'était l'une des rares espèces qui pouvais vivre facilement dans notre petit appartement au 9ème étage d'un immeuble H.L.M. Je me souviens m'être sentie terriblement gênée vis-à-vis de ma mère, pensant l'avoir peut être blessée. Je me rend compte aujourd'hui qu'elle ne m'a pas dit qu'il était mal de mentir. Je croit qu'elle ne me l'a jamais dit. Je n'accuse pas ma mère d'être coupable de ma vie passée à mentir car il me semble avoir toujours su intuitivement que que ce n'était pas une bonne chose. Cela me forçait toujours à réfléchir. Si les mensonges de bases me venaient toujours naturellement et simplement, les défendre était une autre paire de manche. J'ai, à force, développé une capacité incroyable à inventer, manigancer, cacher, manipuler, modifier et tout ce que l'on peut faire avec la vérité pour ne pas la dire telle qu'elle est en fait.
Cette capacité s'est développée suffisamment pour me rendre adaptable à toute situation, arrivant à me convaincre moi-même de choses que je savais pourtant strictement fausse, puisque je les avais vécues, ou même faites. Parvenant à modifier mes goûts, mes opinions, mon caractère, j'ai toujours fait en sorte que ma vie se fasse d'elle même. De cette façon, j'ai réussi à me faire baiser par un gros surveillant de mon établissement qui avait vingt ans de plus que moi et qui me répugnait profondément. Incompréhensible pour toute personne normalement constituée. Ce pauvre con voulais que l'on couche ensemble car il savait que j'avais accepté de coucher avec son petit frère à la physionomie complètement opposée. Ma dérive sexuelle a commencée, d'ailleurs, avec le petit frère en question qui était beau, musclé, âgé de huit ans de plus que moi, et équipé d'une belle Mégane coupée. Il était assez débile, passionné de tatouages, de karaoké et de lui-même, mais il était sympa. Ça me convenait. Comme (je ne l'avais pas encore remarqué) n'importe quoi à cette époque. Je cherchais en lui un gars attentif, sensible, amoureux peut être avec le temps. J'y ai trouvé un abonné aux problèmes, égocentrique, névrosé, qui transpirait beaucoup quand il baisait, et était particulièrement fier de ses 80kg sculptés en salle de musculation et de sa grosse bite. Il ne savait pas que j'avais un copain, je ne savais pas s'il le prendrait mal.
Et puis il y eut son abominable frère que je voyais tous les jours en allant au bahut. Il avait mon adresse msn, comme il avait celle la plupart des filles de l'établissement. Il m'a dit un jour que ça l'emmerdait de me voir aller chez son frère qui vivait encore chez leur mère, juste à côté de chez lui. Il m'a aussi dit que son petit frère me considérait comme un "trou" et que je ne méritais pas cela. Je ne sais plus si je lui ai dis ou non que je considérais son frère comme un demeuré possédant une jolie voiture, et une grosse bite.
Quelques jours plus tard, le pion débarquait devant chez moi avec la voiture de sa mère, une Punto rouge. J'ai oublié, comme tant de choses, ce que m'a dit ma mère lorsque je lui ai dis qu'il venait me cherché. Je suis donc montée. Il me semble lui avoir fait la bise pour la première fois ce jour là. Il a cherché dans ma campagne "un coin tranquille pour garer la voiture et discuter". Je me demande aujourd'hui ce à quoi j'ai pensé à ce moment. Il a fini enfoncer sa voiture dans un champ. C'était la nuit, on était vendredi soir, au début du mois de décembre, j'étais à quelques jours d'avoir 16 ans. Je ne savais trop quoi dire... Je râlais, disant qu'on allait avoir froid. Quand je ne sais pas quoi dire, je me plains. D'un air blasé et désinvolte. C'est tellement facile ce genre de conversation. Il me rassurait, me disant qu'il allait laisser le chauffage. Le con! Je le revois s'approcher petit à petit au long de la discussion dont j'ai oublié le sujet. Plus il s'approchait de moi, plus je m'approchais de la portière. Heureusement il y avait le levier de vitesse qui trônait entre nous. Il posait sa main sur mon genoux, la montait le long de ma cuisse. Puis il m'a embrassée sur la bouche après, je crois, quelque fois sur la joue. Un moment éc½urant. Sa grande bouche entourée d'un bouc noir. J'avais l'impression que ses lèvres s'étalaient sur une longueur deux fois supérieur aux mienne. Immonde, visqueux. J'ai détesté. Et j'ai fais du mieux que j'ai pu. Ça a continué et j'ai senti, au bout d'un moment, la pression de son désir sur mes épaules. L'enfoiré était entrain de me diriger vers sa bite putain de bite en érection. J'ai donc glissé le long de son énorme bide bien rond (genre femme enceinte de 4 enfants) et arrivée en bas, il avais déjà sorti son matériel. je me suis exécutée. Là encore, j'ai détesté. Je me souviens avoir pensé "putain tu me dégoûte avec ta putain de bite qui pue la pisse" (c'était vrai). Et pourtant, je l'ai fais. Au bout d'un moment, il a allongé mon siège pour tenter un rapport sexuel plus évolué. Imaginez une gamine de 16 ans qui représente une hauteur d'à peine 1m60 pour 55kg, sous un mec mesurant 1m85 pour 100kg avec un énorme bide velu, une petite tête ronde avec des cheveux bruns quasi-rasés. Le tout, sur un siège de Punto dont les vitres sont couvertes de buée. Il m'a tant bien que mal pénétrée. C'était galère mais il insistait. Je lui ai proposé plusieurs fois de laisser tomber. Mais il s'acharnait. je n'ai ressenti aucun plaisir, il a fini par se rasseoir à sa place pour se branler. Il avait du mal, alors il est sorti. Pendant qu'il s'auto-satisfaisait dehors, appuyé contre la voiture dont il n'avait pas fermé la portière, je me rhabillai. Il n'a pas réussi à s'achever alors il est rentré.
Le lendemain, je le revoyais chez lui.
Pour en revenir à mon sinistre dimanche, je trouvais ma vie médiocre. J'avais toujours mentis, toujours fais croire que tout allait bien. je n'avais pas vraiment vécu.
Trouvant mon attitude incompréhensible, je me suis jugée folle. On ne pouvait donc rien faire pour moi. Mon ex dont je me sentais toujours amoureuse, n'arrêtais pas de me poser des questions, il savais pourtant déjà tout, Il voulais des dates, des moments précis, la description de scènes. J'étais incapable de répondre, je pleurais, ne me souvenais plus. J'avais tellement menti et voulu croire à mes mensonges que je ne connaissais même plus la réalité. Je pleurais, je craquais. Il était trop tard pour moi. Je voulais m'arrêter là.
Ce dimanche là, je cherchais un moyen de mourir de manière simple, rapide et efficace. Ce n'étais pas une idée récente, au contraire. Mais ce jour là, j'étais seule chez mon père, j'avais mes baskets et mon short de running. Et lors d'une nouvelle dispute avec mon ex, j'ai eu une lueur! J'ai décidé d'aller me jeter dans le Rhône. J'ai donc crié dans mon téléphone un "moi aussi j'en ai marre c'est fini je vais me jeter dans le Rhône!". J'ai jeter mon téléphone sur mon lit, j'ai enfilé mon short, un débardeur et mes baskets. J'ai quitté ma chambre où j'avais passé tout le début de la journée. J'ai tout laissé tel quel, prenant tout de même soin de fermer la porte à clef. Et j'ai couru. Droit vers le pont du Rhône.
Je suis arrivée sur le pont, j'ai cessé de courir. J'ai marché, laissant glisser mes doigts sur la rambarde. Je sentais le vent froid glisser sur mes épaules et le long de mes bras. Les larmes séchaient sur mes joues, mes cheuveux volaient autours de mon visage. Le pont était haut, il y avait peu d'eau, idéal pour s'écraser. Je n'avais ni doute, ni peur, j'avais enfin trouvé une solution. Il était l'heure d'arrêter de souffrir.
J'ai été sauvée.
Et j'ai continué à vivre.
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